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Chronique N°11 janvier 2008

2009 rayonne !


« Pousse je te dis ! Encore ! Voilà. »
« Bonne année Louis et meilleurs vieux ! En tout cas, il va en falloir si le froid persiste. Tu parles d’un retour, avec ces portes de Hangar gelées, la prochaine fois je ne reviens qu’au printemps »
« Bonne année 2009 à toi aussi mon brave Marcel. »


« Et n’oublions pas dans ces vœux, tous les modélistes qui, depuis leur fenêtre de papier, suivent chaque mois un petit instant de notre vie dans ce Hangar.»
« Ca fait pas un peu Hangar story ? »
« Ouais mais une fois par mois et sans les caméras ! Le reste du temps on est tranquille. »
Les lumières s’allument et l’air semble se réchauffer uniquement par la couleur qui passe du gris-bleu-froid au blanc-jaune-chaud.


« Le café tombe goutte à goutte dans un léger gargouillis d’eau vaporeuse, emplissant l’air de bruits aux senteurs brésiliennes. Les premiers crépitements de bois reprennent en chœur la chanson de l’hiver. Le petit bulbe rouge s’éveille et lentement fait remonter sa trace. 15, 16, 17, les centigrades chers à Celsius s’accumulent et l’activité peut reprendre. »
« Marcel, ils sont où les chocolats ? Sur ton établi je suppose ?»
La boîte dorée est bien en place entre les limes, le marteau et les copeaux. A côté d’elle, une espèce de montage accroche le regard de Louis. 
« C’est quoi ? Tu fais des tableaux de fils ou tu te lances dans le tissage artisanal de chaussettes ? » 
Le papier doré n’est qu’une barrière éphémère entre la bouchée aux éclats de noix et la bouche de Marcel.
« Gnon, chez à cauche de Blériot. Faut que je m’y mette d’ailleurs. »
« Les chaussettes, c’est pour Blériot ? »
« Pourquoi tu parles de chaussettes ? C’est pour les rayons. Les roues à rayons. Tu te souviens que 2009, c’est l’année des centenaires. Dans quelques mois, c’est celui de la Manche. Comme je dois construire plusieurs modèles réduits d’avions centenaires et que tous ont des roues à rayons, j’ai décidé de construire un petit outillage à cet effet. Un chantier pour me faciliter le tricotage »


Autour du sujet


« C’est marrant, hier dans le train je lisais le dernier exemplaire des cahiers du CERVIA (*) et justement Michel Lévêque parle de la réalisation de roues similaires pour des cacahuètes. Explique-moi comment cela marche ? »
« Cha roule, cha marche pas ! C’est même un sujet abordé sur les forums. Frédéric Ladouce a d’ailleurs déposé des infos sur son site.

D’abord il te faut des jantes. Le mieux serait d’avoir des rondelles extraites de tubes. Si l’on dispose d’un tour et des tubes de bon diamètre, c’est faisable mais cet outillage n’est pas à la portée de chacun. L’autre solution consiste à trouver un flacon ou un pot quelconque mais cylindrique et dont le diamètre correspond à celui de l’intérieur de la jante que tu veux réaliser. Il servira de moule. La jante par elle même sera un sandwich de plusieurs couches de bois. »
« Pour les peanuts (avion de 33 cm à moteur caoutchouc pour les nouveaux) Michel propose du papier enduit de cyano. »
« C’est vrai que suivant l’échelle du modèle et donc de la dimension des roues, le matériau va changer. Le papier c’est bon pour les avions de quelques grammes. Le bois ou le plastique, roulé en fines feuilles contre-collées, conviennent mieux pour des avions de 100 à 400 g.

Au-delà, le métal tourné ou roulé serait plus approprié. 

En exemple ici les roues du Bolvhoi de Alain Vassel, une fabrication à découvrir impérativement ici

les mêmes créations sous un autre angle !

Arizona models proposent à la vente de magnifiques roues pour l'extérieur.

Je reprends donc sur mes jantes. Je débite des bandelettes de 3 à 5 mm de large dans une planche de CTP de 8/10 (dans le sens du fil principal). Un petit trusquin de chez Dubro est parfait pour cet usage mais on peut s’en faire un soi même. Une scie circulaire miniature de table genre Proxon conviendra également.

Découpe des bandes de CTP au trusquin.

Moulage mouillé sur un support de bon diamètre.

Je biseaute une extrémité. Je mouille une longueur de bois égale à 2 circonférences ½ (pour rappel : circonférence = 3,14 fois le diamètre). Le moule est préalablement protégé par du scotch d’écolier. Je plaque le biseau sur le moule et j’enroule le bois sur lui-même. On verrouille et on laisse sécher.»

Collage à la vinylique et après ponçage...

« J’y pense, si on dispose d’une fraiseuse CNC, on pourrait découper des jantes directement.»
« Bien sûr, mais il faudrait le faire dans du CTP fin (8/10) et en coller plusieurs à contre fil. »
« Du CTP de CTP pour la résistance ! »
« Mon bois est sec. Je démoule, j’enduis de colle à bois et je remoule. Le pré-moulage facilite le montage avec de la colle. Une fois la jante sèche, il restera à la mettre en forme Ponçage des flancs sur une feuille de papier de verre et finition des formes à la lime demi-ronde.»

« Sur celle-ci, tu as même fait une gorge pour le pneu. C’est le montage avec la petite meule montée sur une perceuse à colonne, hein ? »

repère des positions des rayons sur le gabarit.



« Oui et cette perceuse va également permettre de faire les petits trous de 5 à 8/10 pour les rayons. »
« Il en faut combien ? »


« Tout dépend des roues de l’original. Sur un Blériot par exemple, il y avait 18 rayons d’un coté et 18 de l’autre, soit un trou tous les 10 degrés. Certaines roues à l’époque en avait un peu moins 12 14 ou 16 mais plus tard le nombre va grimper au point d’avoir des rayons en épaisseur pour la résistance, mais c’est une autre histoire. Pour faire les repère, une feuille de papier avec le diamètre de la jante au compas et autant de traits que de rayons (facile avec un simple rapporteur). Pour les plus outillés, avec un PC et un logiciel de dessin, il sera facile de faire les choses à la demande. »

Chantier à roues

« C’est bien, mais la jante ne fait pas la roue ! »
« Mais elle y contribue ! Il nous faut maintenant parler un peu de cet outillage à rayonner ! Son usage est simple : maintenir le moyeu et la jante centrés et callés en hauteur pour pouvoir passer les rayons. Sa conception permet de réaliser les flancs de la roue l’un après l’autre, en assurant la tension des rayons. On trouve donc un support d’axe central en CAP de 10 à 12/10, pour correspondre au diamètre intérieur des tubes qui serviront de moyeu. Personnellement j’utilise des tubes alu de modélisme qui s’emboitent bien entre eux. Des petites cales en CTP permettent d’ajuster la hauteur. Autour, il faut disposer 4 supports pour maintenir la jante. Ils sont eux aussi en CTP (2x30/10). Un lamage permet le réglage de position et une vis (montage de servo standard) assure la fixation sur le chantier en balsa dur (2 x 200/10 contre collé). Chaque support de jante est muni d’une tige de carbone de 2 mm qui maintiendra la jante par l’intérieur. Des petites cales en CTP (8, 10, 15, 20 ou 30/10) serviront pour le positionnement par rapport au moyeu. »


« J’ai vu ton dessin, tu fixes la feuille qui a servi de gabarit pour le repérage des perçages de la jante sur le chantier et tu installes les supports après. »

Le chantier est prêt. Le support central reçoit l'axe qui supportera le moyeu. Les 4 cales périphériques sont placées pour maintenr la jante centrée. Les épingles placées 1 rayon sur 2 serviront au maintien des fils.

Le montage est près au tricotage !

« Oui cela donne un repère pour le tricotage. Comme je fais une face après l’autre, je place une épingle de tension et de maintien du fil à rayon, au bout des repères. »
« Ton fil, c’est quoi ? »
« Ici c’est de la tresse synthétique de 0,25 mm et il en existe de 0,16 et de 0,20 mm au rayon accessoires de pêche. Suivant la taille des roues, du simple fil à coudre (coton glacé) ou du fil de kevlar pourrait convenir. »


« Sur les cacahuètes, ils utilisent du fil à gants. »
« Oui, c’est très fin et très solide mais un peu plus rare.»
« Ton moyeu au fait, c’est de l’alu uniquement ? »
« Non, j’ai le tube d’axe en alu de 2x1 mm, dont la longueur est égale à la largeur finale du moyeu de roue. J’y ajoute un centreur en alu de 3x2, qui vient par-dessus et dont la longueur correspond à la distance entre les flasques. J’ajoute ensuite les deux flasques faites en rondelles fines (acier, laiton, plastique). Le tout est collé à la cyano. »
« Tu ne perces pas les flasques ? »
« 36 trous de 5/10 sur un disque de 5 à 6 mm de diamètre. C’est possible mais délicat. Tu vas voir que mon montage s’en passe, au détriment d’un peu de réalisme. »

Le moyeu est réalisé avec plusieur tube alu. Le premier sert de palier pour la roue. Le suivant (plus gros) délimite la largeur des flasques supportant les rayons.

Tricotons


« Tout est en place. Je prends une longueur de fil un peu supérieure au nombre de rayons par face que multiplie le diamètre entre les épingles de tension. Une des extrémités est enduite de cyano et coupée en biseau pour faire un passe fil rigide. L’autre extrémité est accrochée à l’épingle numéro un. »
« La numéro un ? »
« Il faut bien partir d’un point ! Le cheminement est bien précis. Le plus simple est de faire des boucles. Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, le rayon suivant porte le numéro de passage 3 et celui d’après le numéro 2. Je pars du 1, je passe dans le trou de la jante correspondant puis par le moyeu, que je contourne par la gauche. Je repasse dans la jante 4 trous plus tard par l’intérieur, jusqu’à l’épingle 2. Je vais vers l’épingle 3 puis je passe de nouveau dans la jante à 2 trous du départ.

Il te suffit de continuer comme cela jusqu’au bout. La tension du fil doit être suffisante pour assurer le maintien sans déformer l’axe qui supporte le moyeu. Une astuce est de faire un tour autour d’une des deux épingles à chaque boucle. Cela limite les pertes de tension. Au dernier passage, on bloque le fil avec une punaise, après passage par la dernière épingle. Quelques vérifications des tensions et du centrage du moyeu.

Il ne reste plus qu’à placer quelques gouttes de cyano épaisse sur les fils, au niveau de la flasque du moyeu et sur chaque rayon, à l’extérieur de la jante. Si les roues sont un peu grandes, il risque d’y avoir des tensions parasites lors du bobinage.

Je te propose donc un autre schéma de tricotage. En partageant la roue en trois secteurs de 120 °, cela permet de faire des boucles successives sans risque de tirer sur le moyeu central. On part toujours d’un point mais la sortie n°2 est plus loin, à 6 rayons (12 trous) dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. On boucle de nouveau vers le bas et on repart à 60° au passage  du moyeu. Le mieux, c’est de regarder sur le schéma. »

« C’est pas si compliqué finalement. »
 « Ben non, il faut une petite demi heure par face en allant tranquillement.»
« Une fois bien sec, tu démoules après avoir coupé les fils au raz de la jante (bien vérifier le collage avant).

On retourne et là, attention, il faut enlever les cales du moyeu et surélever un peu la jante avec des cales (de 1 à 2 mm). Cette opération permet de pousser un peu le moyeu vers le bas et de tendre les rayons. Un tube et une butée à vis assurent le maintien de la pression et la roue ne bougera pas.

On tricote de la même manière que précédemment mais on peut se permettre de ne pas passer par les épingles (mis à part la première et la dernière). On boucle directement sur la jante. Attention, cette méthode économe en fil, fait supporter toute la tension à la jante. »
« Après séchage, voilà une belle jante qui, si elle a été faite avec minutie, tourne rond et ne pèse rien. Et le pneu ? »


« Il existe du jonc de caoutchouc ou de néoprène servant à la réalisation de joint (Turbigom, BCC). J’en découpe une longueur égale au (diamètre extérieur de la jante + le diamètre du jonc) x 3,14.

Fabrication du pneu dans du jonc de caoutchouc. (L= (D jante+D jonc) * 3,14)

Je colle les deux extrémités bout à bout à la cyano en pressant sans faire de bourrelet. Il ne reste plus qu’à coller le pneu sur la jante après peinture. »


« Bilan des courses : Une roue de 70 mm ne pèse que 3,1 g avant peinture (un voile à l’aéro). Une heure de fabrication mis à part l’outillage et quelques euros de matière. Bon, tu as des photos de détail de tout cela ? »

« Oui et mieux encore. Comme le fils du patron fait un plan dans le journal ce mois-ci, j’en ai profité pour squatter un petit coin et les plans de l’outil sont disponibles. Et comme je l’ai dessiné sur un logiciel de CAO.

En allant sur le site de la revue ou ici, les lecteurs trouveront un lien vers un logiciel (gratuit) de visualisation et le fichier du montage en 3D .

Avec ce logiciel, on peut faire tourner le dessin dans tous les sens, zoomer et même démonter toutes les pièces pour comprendre comment c’est fait.»
« De belles étrennes pour cette nouvelle année 2009 ! »
« Bon je te laisse finir tes constructions et je vais lister les adresses et les informations sur le sujet. »

* les cahiers du CERVIA, Centre d’Etudes et de Recherche sur le Vol d’Intérieur d’Aéromodèles : Une revue que tous les volensaliste devraient lire ! (les coordonnées sur le site de la chronique)


Le du mois 


 
Des roues dans tous les rayons


http://www.nswheels.com/
http://www.herbiewheels.de/index3.htm
http://www.arizonamodels.com/product_info.php/cPath/23/products_id/69


De quoi faire les pneus !


BRIET COMPTOIR DU CAOUTCHOUC (BCC)
4 r du Grand Prieuré
75011 Paris
Tel : 01 47 00 65 24


Turbigom  http://www.turbigom.fr/index.htm
ZI-15, rue Emile Delataille
F-37500 CHINON
Tél : 02 47 98 22
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